Un client m'a appelé un mardi matin, paniqué. Il venait de recevoir un avis de contravention pour un excès de vitesse entre 30 et 40 km/h et il était persuadé d'une chose : « ils vont me suspendre le permis, c'est sûr ». Il avait déjà commencé à organiser sa vie sans voiture. J'ai dû le calmer. Non, le préfet ne vous retire pas le permis pour ça. Mais il y a une nuance que personne ne lui avait expliquée, et c'est justement là que tout se joue.

Franchement, cette tranche de vitesse est l'une des plus mal comprises du barème. Elle tombe dans un entre-deux bizarre : trop grave pour être oubliée, pas assez pour déclencher les sanctions automatiques dont tout le monde parle. Et cette zone grise, c'est exactement là que les automobilistes font des erreurs coûteuses.

Points clés à retenir

  • Un excès de vitesse entre 30 et 40 km/h, c'est une contravention de 4ᵉ classe : 135 € d'amende forfaitaire et 3 points en moins.
  • La suspension de permis n'est jamais automatique — le préfet n'a pas ce pouvoir ici. Seul un juge peut la prononcer, et c'est rare pour cette tranche.
  • Le Code de la route distingue la vitesse mesurée de la vitesse retenue : le radar retire toujours une marge technique, ce qui change parfois la tranche.
  • Vous récupérez ces 3 points après 6 mois sans nouvelle infraction (contravention de 4ᵉ classe).
  • L'assurance peut augmenter votre cotisation même sans suspension — c'est le coût caché dont on ne vous parle pas.
  • Contester est possible, mais le délai est serré : 45 jours à partir de l'envoi de l'avis.

Excès de vitesse entre 30 et 40 km/h : quelle amende et combien de points ?

Prenons une situation concrète. Vous roulez sur une route limitée à 90 km/h, un radar vous flashe à 122 km/h. La marge technique enlève 5 km/h (radar fixe) : votre vitesse retenue est de 117 km/h. L'excès réel retenu est donc de 27 km/h. Vous n'êtes même pas dans la tranche dont on parle ici. C'est pour ça que je répète toujours la même chose à mes clients : vérifiez d'abord la vitesse retenue, pas celle que vous croyiez avoir faite.

La tranche 30-39 km/h dans le barème officiel

Quand la vitesse retenue dépasse la limite de 30 à 39 km/h, vous basculez dans la 4ᵉ classe. Concrètement :

  • Amende forfaitaire de 135 € (minorée à 90 € si vous payez vite, majorée si vous traînez)
  • Retrait de 3 points
  • Pas de suspension administrative
  • Aucun stage obligatoire imposé

Le paiement rapide, c'est 90 € dans les 15 jours si vous réglez en ligne ou par téléphone. Passé ce délai, on remonte à 135 €. Et si vous laissez filer sans rien faire, l'amende majorée peut grimper bien plus haut — jusqu'à 375 € dans les cas extrêmes.

Trois exemples qui clarifient tout

  • Agglomération : flashé à 81 km/h dans une zone à 50, vitesse retenue 76 → excès de 26. Hors tranche.
  • Route hors agglo : flashé à 121 km/h sur une route à 90, vitesse retenue 116 → excès de 26. Encore hors tranche.
  • Autoroute : flashé à 161 km/h sur une autoroute à 130, retenue 155 → excès de 25. Hors tranche aussi.

Vous voyez le schéma ? Les exemples classiques de la presse spécialisée montrent presque toujours des excès qui tombent juste sous la barre des 30. Pour vraiment franchir cette barre en vitesse retenue, il faut rouler sensiblement plus vite que ce que les gens imaginent.

Est-ce qu'une suspension de permis est possible pour un excès de vitesse de 30 km/h ?

C'est LA question qu'on me pose à chaque fois. Voici la réponse claire, sans détour.

Est-ce qu'une suspension de permis est possible pour un excès de vitesse de 30 km/h ?

Non, pas automatiquement. Le préfet n'a pas le pouvoir de suspendre votre permis pour ce type d'excès. Cette compétence existe pour les grands excès (50 km/h et plus), l'alcool, les stupéfiants. Pour une contravention de 4ᵉ classe comme celle-ci, la suspension administrative n'est pas prévue par les textes.

Mais — et c'est là que je vois beaucoup de confusion — un juge peut la prononcer. Si votre dossier arrive devant le tribunal (parce que vous avez contesté, ou parce que l'infraction a été aggravée par d'autres éléments), la suspension devient une peine possible. Elle reste néanmoins rare pour une première infraction isolée dans cette tranche.

Quand le risque augmente vraiment

Je vais être honnête : dans la majorité des dossiers que j'ai vus avec ce profil, pas de suspension. Mais le risque grimpe si :

  1. Vous êtes en période probatoire (permis récent)
  2. Vous cumulez plusieurs infractions rapprochées
  3. L'excès s'accompagne d'un autre facteur (téléphone, dépassement dangereux)
  4. Vous avez déjà un solde de points très bas

Le quatrième point est celui dont personne ne parle. Si vous n'avez plus que 3 ou 4 points, ce retrait peut vous faire tomber à zéro — et là, ce n'est plus la suspension qui vous menace, c'est l'invalidation pure et simple du permis. On y revient plus bas, parce que c'est le vrai sujet.

Vitesse mesurée, vitesse retenue : la marge qui change tout

Personne ne m'avait expliqué ça à l'auto-école. Le radar ne vous sanctionne jamais sur la vitesse qu'il a réellement mesurée. Il applique une découpe forfaitaire pour tenir compte de l'imprécision de l'appareil.

Vitesse mesurée, vitesse retenue : la marge qui change tout
Vitesse mesurée Marge technique retirée Ce qui compte pour la sanction
Inférieure ou égale à 100 km/h 5 km/h Vitesse mesurée − 5
Supérieure à 100 km/h 5 % de la vitesse Vitesse mesurée − 5 %

Prenons un cas concret. Vous êtes mesuré à 138 km/h sur autoroute à 130. La marge est de 5 % (soit 6,9 km/h), la vitesse retenue tombe à 131,1 → arrondie à 131. L'excès retenu : 1 km/h. Aucune sanction. Vous avez « roulé à 138 » mais rien ne vous arrivera.

Maintenant à 165 km/h mesuré. Marge de 8,25. Vitesse retenue 156,75 → 157. Excès retenu : 27 km/h. Toujours pas dans la tranche.

Pour que la vitesse retenue dépasse 30 km/h, il faut donc rouler à plus de 35 km/h au-dessus de la limite. C'est précisément ce décalage qui explique pourquoi tant d'automobilistes sont surpris : ils croient être dans une tranche alors qu'ils sont dans une autre.

Le cas inverse existe aussi

Et oui, la marge peut vous faire descendre d'une tranche. Un excès mesuré à 51 km/h (qui relèverait du délit de grand excès) peut, après marge, retomber à 46 km/h et redevenir une simple contravention de 4ᵉ classe. C'est rare, mais ça arrive. Ce détail change complètement l'enjeu : on parle d'un délit passible de 1 500 € d'amende et d'une suspension automatique, contre une amende forfaitaire de 135 €.

Cumul de points : le vrai danger quand la vitesse s'accumule

Voici ce que les pages d'infos généralistes vous disent rarement. Le retrait de 3 points, isolé, ne casse rien. Sauf si votre solde est déjà bas.

Cumul de points : le vrai danger quand la vitesse s'accumule

Le permis français dispose d'un capital de 12 points (6 en période probatoire). Quand vous atteignez zéro, votre permis est invalidé. Vous recevez une lettre recommandée vous informant que vous devez repasser le code et la conduite, avec un délai de 6 mois minimum avant de pouvoir reconduire en candidat libre. L'assurance, elle, n'attend pas.

J'ai vu un dossier où le conducteur avait 3 points restants. Une infraction « mineure » entre 30 et 40 a suffi à tout faire basculer. Il n'a pas été suspendu par le préfet — son permis a été invalidé par le Système national des permis de conduire (SNPC), la gestion automatique des points. C'est administratif, automatique, sans juge. Et c'est ce qui fait le plus mal.

Récupérer les 3 points perdus

Bonne nouvelle : contrairement aux infractions graves, ce retrait se récupère relativement vite.

  • 6 mois sans nouvelle infraction pour une contravention de 4ᵉ classe → les points reviennent automatiquement.
  • Stage volontaire de sensibilisation : 2 à 3 jours, environ 200-250 €, permet de récupérer jusqu'à 4 points sans attendre.
  • Combiner les deux fait souvent gagner plusieurs mois.

Le stage, je le conseille dans presque tous les cas où le solde est fragile. Le coût est réel, mais comparé à un permis invalidé, c'est dérisoire.

Contester : possible, mais serré

Vous pensez que la vitesse retenue est erronée (panneau masqué, radar mal étalonné, véhicule confondu) ? Le recours est ouvert. Mais le chrono démarre dès l'envoi de l'avis, et il ne pardonne pas.

La procédure : vous ne payez pas, vous remplissez la requête en exonération (le formulaire joint à l'avis), et vous fournissez un motif sérieux. Vous avez 45 jours. Un paiement vaut reconnaissance de l'infraction et met fin à toute contestation — c'est l'erreur numéro un. J'ai accompagné quelqu'un qui avait payé « pour gagner du temps » en pensant contester ensuite. C'était perdu d'avance.

Motivez par écrit, joignez photos ou témoignages, envoyez en recommandé avec accusé de réception. Et si vous êtes convoqué au tribunal, vous pouvez demander à consulter le dossier, exiger les photos du radar, vérifier le procès-verbal d'étalonnage. Dans beaucoup de cas, l'absence de pièce technique solide de l'autre côté suffit à faire tomber la poursuite.

L'impact assurance : le coût qu'on ne vous facture pas sur l'avis

L'amende de 135 €, ce n'est que la partie visible. L'assureur, lui, apprend l'infraction (via le relevé d'informations) et peut appliquer un malus. Une majoration de 10 à 25 % sur la cotisation est fréquente. Certains contrats prévoient même une clause de résiliation en cas de cumul d'infractions.

Faites le calcul réel sur 3 ans : 135 € d'amende + 60 € de malus annuel moyen + 220 € de stage éventuel = plus de 600 €. Pour un excès qui vous a fait gagner, franchement, deux minutes sur votre trajet. C'est ce genre de chiffre qui devrait être imprimé sur l'avis de contravention.

Comment ça se situe face aux autres tranches

Beaucoup de gens confondent les paliers. La logique est pourtant simple : chaque tranche de 10 km/h ajoute un niveau de sanction, et à 50 km/h au-dessus de la limite, on change d'univers — on passe de la contravention au délit.

Tranche d'excès (vitesse retenue) Classe Amende forfaitaire Points retirés Suspension automatique
10 à 19 km/h 3ᵉ 68 € 1 Non
20 à 29 km/h 4ᵉ 135 € 2 Non
30 à 39 km/h 4ᵉ 135 € 3 Non
40 à 49 km/h 4ᵉ 135 € 4 Non
50 km/h et plus 5ᵉ (délit) 1 500 € 6 Oui (administrative)

À noter : entre 20 et 29 km/h, le Code prévoit la possibilité théorique d'une suspension de 3 ans maximum prononcée par le tribunal (cas aggravé). C'est une spécificité de cette tranche que peu de conducteurs connaissent. Et à partir de la tranche 40-49, la suspension judiciaire devient une peine classique, sans être automatique.

Que se passe-t-il concrètement avec un radar automatique ?

Si vous êtes flashé par un radar automatique, l'avis arrive chez le titulaire du certificat d'immatriculation dans les jours ou semaines qui suivent. Pas de contestation possible sur l'identité du conducteur si vous payez : la responsabilité pécuniaire est automatique pour le titulaire de la carte grise. Le seul moyen d'échapper à l'amende est de désigner le véritable conducteur au moment des faits, dans les 45 jours également, et ça vous expose à des poursuites si vous mentez.

Un dernier point que j'ai vu provoquer des dégâts : les avis arrivent parfois à l'ancienne adresse. Un déménagement mal déclaré à l'ANTS, et vous ne recevez rien — jusqu'à ce que l'amende majorée, ou pire, une suspension, tombe dans votre boîte sans que vous ayez jamais pu réagir. Mettez votre adresse à jour. C'est bête, mais ça sauve des permis.

Un excès entre 30 et 40 km/h n'est pas une catastrophe en soi. C'est un rappel. Ce que vous en faites ensuite — surveiller votre solde de points, faire un stage à temps, ne pas payer bêtement un avis que vous voulez contester — c'est ça qui détermine si dans six mois vous aurez toujours votre permis, ou si vous chercherez comment vous rendre au travail en bus.